Aux personnes que j’ai autrefois essayé de satisfaire
Chapitre 3 de Lettres à moi-même : revisiter notre besoin d’approbation, les versions de nous construites pour être plus faciles à aimer et choisir quelles voix méritent d’influencer notre regard sur nous-mêmes.
À celui que j’étais, celui que je suis et celui que je deviendrai peut-être
Nous apprenons très tôt à chercher la reconnaissance
Avant de connaître le mot approval, nous connaissions déjà la sensation d’être félicité : une bonne note, un signe des parents, un compliment du professeur, être choisi, être qualifié d’intelligent, gentil, fort ou fiable.
La reconnaissance n’est pas honteuse. Nous apprenons sur nous à travers les autres. Le problème commence lorsque leur réaction devient la seule preuve que nous avons de la valeur.
Être vu est un besoin humain. Mais notre valeur ne peut exister seulement lorsqu’elle est confirmée.
Nous avons construit des versions de nous plus faciles à aimer
Certains ont appris à toujours exceller. D’autres à ne jamais déranger. D’autres encore à être forts, joyeux, utiles ou accommodants. Ces versions n’étaient pas forcément fausses ; elles étaient des adaptations à ce qui nous aidait à appartenir.
La difficulté apparaît lorsqu’un rôle dure si longtemps que nous oublions qu’il s’agit d’un rôle. Le fort ne sait plus demander de l’aide. Le compétent n’ose plus être débutant. L’agréable ne sait plus dire non.
Certains traits nous ont aidés à être aimés, puis ont rendu plus difficile une vie honnête.
L’approbation n’est pas mauvaise — ne pas pouvoir vivre sans elle nous enferme
Certains discours self-help font de l’attention aux autres une faiblesse. Pourtant nous vivons en communauté. Nous avons besoin de confiance, de feedback, d’amitié, de respect et d’appartenance.
Le problème n’est pas d’avoir besoin des autres. C’est d’avoir besoin d’un public pour chaque choix, d’une validation pour chaque réussite, et de laisser un désaccord remettre toute notre identité en question.
Le but n’est pas de n’avoir besoin de personne. Il est de ne donner à personne l’autorité totale de nous définir.
Quand la reconnaissance devient la boussole
Certains choix paraissent raisonnables mais sont surtout motivés par l’approbation : choisir un métier pour paraître réussi, maintenir une image pour ne décevoir personne, continuer une voie parce que trop de gens savent déjà qu’on l’a prise.
Une boussole placée à l’extérieur change avec chaque pièce. Si chaque environnement définit le succès différemment, celui qui veut satisfaire tout le monde doit finir par devenir trop de personnes à la fois.
Si chaque pièce peut te définir, tu risques de perdre ta direction quand la pièce se vide.
Le prix d’être accepté par tout le monde
L’approbation universelle paraît sûre. Mais pour ne gêner personne, nous nous éditons sans cesse : adoucir une opinion, enlever une limite, retarder un choix, rester dans une relation ou un rôle devenu inadapté.
Le coût le plus profond n’est pas la fatigue. Après assez d’auto-édition, nous ne savons plus ce que nous préférons vraiment et ce qui n’est qu’un réflexe pour préserver l’harmonie.
Si être accepté par tous te coûte la capacité de te reconnaître, le prix est trop élevé.
Le feedback n’est pas le droit de te définir
Quelqu’un peut avoir raison sur une partie de toi sans comprendre tout ton être. Un expert peut critiquer ton travail sans définir ta valeur. Une personne qui t’aime peut s’inquiéter de ton choix sans en vivre les conséquences à ta place.
Grandir signifie recevoir du feedback sans transformer chaque feedback en identity. On peut écouter profondément tout en gardant la responsabilité finale de ce qui nous appartient.
Écouter les autres ne signifie pas leur donner l’autorité d’écrire toute ton histoire.
Choisis les voix qui auront du poids
Toutes les opinions ne méritent pas le même poids. Celui qui comprend ton contexte diffère de celui qui n’a vu qu’un instant. Celui qui a parcouru le chemin diffère de celui qui n’a qu’un avis. Celui qui tient vraiment à toi diffère d’une foule qui réagit.
Il ne faut pas fermer le monde. Il faut un filtre plus mature : qui comprend le problème, qui partage les conséquences, qui a de la bienveillance et de la compétence, qui parle surtout depuis ses propres peurs ou attentes ?
Toutes les voix n’ont pas besoin de se taire. Mais toutes ne méritent pas d’être près du cœur.
Aux personnes que j’ai autrefois essayé de satisfaire
Je sais combien de temps j’ai vécu dans cette question : qu’est-ce qu’ils vont penser ? J’ai choisi mes mots, retardé des décisions, essayé d’être plus compétent, aimable ou fort pour ne décevoir personne.
Je ne leur reproche plus toutes les versions que j’ai construites. La plupart me voyaient simplement à travers leurs expériences, leurs peurs et leurs espoirs. Mais je ne veux plus vivre comme si chaque regard avait un droit de vote sur celui que je dois devenir.
Je veux garder la capacité d’écouter sans devenir un écho. Je veux encore être aimé, respecté et compris. Mais je veux que tout cela rencontre une personne qui possède déjà sa propre voix.
Je veux encore être vu par les autres. Je ne veux simplement plus que leur regard soit mon seul miroir.