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Aux versions de moi que j’ai dû laisser derrière

Chapitre 4 de Lettres à moi-même : sur les identités qui nous ont aidés à survivre, les versions arrivées à expiration et la possibilité de grandir sans renier celui que nous étions.

À celui que j’étais, celui que je suis et celui que je deviendrai peut-être
01

L’identité a de l’inertie

Quand on nous appelle le compétent, le fort, l’introverti, le founder, le designer, le bon enfant ou la personne fiable, nous commençons à agir pour préserver cette étiquette.

L’identité aide le monde à nous comprendre, mais elle peut nous faire oublier qu’une étiquette n’est qu’une photo d’une période. Le problème commence quand nous protégeons la photo alors que la personne à l’intérieur a changé.

Une identité utile peut devenir une cage si nous la confondons avec toute notre personne.
02

Certaines versions de nous nous ont sauvés

Certains sont devenus radicalement indépendants parce qu’ils ne pouvaient compter sur personne. D’autres sont devenus perfectionnistes parce que la performance était leur voie vers la reconnaissance. D’autres ont utilisé l’humour pour cacher l’insécurité. D’autres encore sont devenus très ambitieux pour ne jamais revenir à leur point de départ.

Ces versions méritent de la compréhension. Elles ont souvent été des stratégies de survie pour une période réelle.

Ne méprise pas les mécanismes qui t’ont aidé à survivre. Mais ne confonds pas survivre avec la seule manière de vivre.
03

Ce qui nous a rendus forts peut ensuite nous rendre rigides

L’indépendance peut devenir l’incapacité de demander de l’aide. La discipline, l’incapacité de se reposer. L’ambition, le sentiment permanent de ne jamais être assez. La protection, l’incapacité de laisser quelqu’un approcher.

Aucun trait n’est automatiquement bon dans tous les contextes. Grandir, ce n’est pas seulement ajouter de nouvelles forces ; c’est aussi mettre à jour l’usage des anciennes.

Une force non mise à jour peut devenir une limite.
04

Quitter une identité peut ressembler à une trahison de soi

Après des années à construire une image, changer de direction peut ressembler à un déni du passé. Les autres peuvent même dire : mais tu n’as jamais été ce genre de personne.

Être fidèle à soi ne signifie pas rester identique. Parfois, la plus grande fidélité à la personne que l’on devient exige de trahir une ancienne définition qui n’est plus vraie.

Grandir demande parfois de trahir une ancienne définition de soi.
05

Tout ce qui a été vrai n’a pas besoin de rester vrai

Un objectif autrefois important peut cesser de l’être. Un métier autrefois adapté peut ne plus convenir. Une communauté qui ressemblait à une maison peut ne plus être notre lieu. Une croyance qui nous soutenait peut devoir être revue.

Changer ne prouve pas que le passé avait tort. Cela peut simplement montrer que le contexte, les connaissances et les besoins ont changé.

Quelque chose peut expirer sans avoir été sans valeur.
06

Nous n’avons pas besoin d’effacer nos anciens nous

Se réinventer peut devenir un rejet du passé : ce n’était pas moi, je déteste cette personne, j’aurais aimé ne jamais être comme ça. Mais plus nous essayons de couper le passé, plus il peut garder du pouvoir sous une autre forme.

Nous pouvons dire : c’était bien moi. Je comprends pourquoi cette personne est apparue. Je sais ce qu’elle m’a aidé à traverser. Et je sais pourquoi je ne veux plus vivre ainsi.

Intégrer le passé va plus loin que le nier.
07

L’identité n’est pas une statue

Les définitions claires nous rassurent. Mais une personne vivante peut se mettre à jour. Les goûts changent, le travail change, la façon d’aimer change, la définition du succès change, et notre regard sur nous-mêmes change aussi.

Le plus effrayant n’est peut-être pas le changement. C’est peut-être de rester trop longtemps dans une définition seulement parce que nous l’avons un jour annoncée au monde.

Constater que tu as changé n’est pas perdre ton identité. C’est peut-être la preuve qu’elle est encore vivante.
08

Aux versions de moi que j’ai dû laisser derrière

Je pensais autrefois qu’avancer exigeait de prouver que mes anciennes versions avaient tort. Je ne le crois plus. Certaines ont simplement terminé leur part.

Je remercie celui qui essayait toujours, celui qui devait être indépendant, celui qui voulait de la reconnaissance, celui qui tentait de tout contrôler, celui qui croyait qu’il fallait être fort pour être en sécurité. Je ne veux pas vivre comme eux pour toujours, mais je ne veux plus les effacer.

Avant de quitter ce Part I, je veux dire : je ne veux pas redevenir toi. Mais je ne nie plus que sans toi, il n’y aurait pas moi.

Je ne veux pas redevenir toi. Mais sans toi, il n’y aurait pas moi.